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CLARENCE YONGO NOMMEE AUX AFRIK INFORM AWARDS

Son nom figure dans la catégorie « meilleur directeur de campagne à la présidentielle 2018 ».

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Son nom figure dans la catégorie « meilleur directeur de campagne à la présidentielle 2018 ».

 

En effet, Clarence Yongo est la première femme qui a réussi l’exploit de diriger une campagne présidentielle en Afrique Centrale. C’est donc une pionnière dans un environnement très souvent réservé aux hommes.

Elle a commencé à travailler sur l’image du candidat Serge Espoir Matomba en 2017. On lui reconnaît une communication soft, organisée, stratégique et innovante. On peut dire sans risque de se tromper que c’est elle qui a révolutionné la communication politique au Cameroun.

A son actif donc, une campagne de communication réussie, surtout sur les médias sociaux et un peu moins sur les médias traditionnels. « Nous avons été blacklistés par les médias classiques » a-t-elle déclaré lors d’une conférence sur le marketing et la communication politique à l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC).

Sur les médias sociaux donc, le Peuple Uni pour la Rénovation sociale (PURS) et son leader sont très présents. La page Facebook de Serge Matomba est la seule d’un homme politique de l’opposition à être authentifiée, l’homme est également le plus suivi après Paul Biya le président camerounais.

En une année, Clarence Yongo a réussi le pari de sortir le PURS et son leader de l’ombre, alors que le parti existait déjà depuis 9 ans.

Cette dame dynamique a travaillé d’arrache-pied et de façon méthodique pour qu’enfin soient mis au centre des débats ; les projets de société, alors que les politiques étaient juste habitués  à la critique.

Quand on lui parle du score de la présidentielle, elle répond : « J’ai joué mon rôle et j’ai réussi. Notre travail a été copié, même par ceux qui sont considérés comme des ténors ».

L’inédit de la campagne présidentielle aura surtout été le bus, idée audacieuse pour toute l’Afrique Centrale, par la suite copiée par les autres candidats. Ce regard innovant est à mettre à l’actif de dame Yongo.

Sera-t-elle la lauréate de sa catégorie au soir du 29 Juin ?

Nous le saurons bientôt.

 

Etienette Mengue

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Migrants: Appelons ces jeunes « Les fils de l’exil » !

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Les loisirs sont indispensables à l’épanouissement des jeunes. Aussi, François Xavier de Lamargé, étudiant français de 22 ans passe son temps libre à occuper les Africains désœuvrés qui errent dans le centre de ville de Marseille et sa région. Pour sensibiliser la jeunesse de son pays au combat qu’il mène, il a diffusé, grâce à une association universitaire, le documentaire « Les migrants ne savent pas nager » de Jean-Paul Mari et Franck Dhelens. Ce reportage raconte l’histoire de l’« Aquarius », un navire qui sillonne les eaux libyennes pour secourir les migrants.

Vous vous occupez de divertir les jeunes migrants. Que faites-vous exactement ?

Avant de continuer, je propose que nous les appelions « les fils de l’exil ». Le mot migrant déshumanise. Mes amis et moi, nous nous sommes mis d’accord pour les appeler autrement. En fait, deux fois par semaine, on se retrouve pour nous divertir le jeudi soir. Et le samedi est réservé aux sorties culturelles.

Qu’est-ce qui motive un jeune homme de votre âge à rencontrer des mineurs arrivés à Marseille ?

Je suis engagé dans le milieu social. J’ai fait un service civique à Toulon où j’ai été auprès des personnes de la rue. Depuis septembre, on a remarqué qu’il y avait des jeunes africains qui erraient. En allant à leur rencontre, j’ai entendu des témoignages de leur parcours. Ce qu’ils ont vécu en Libye, en traversant la mer méditerranée. Ces témoignages m’ont bouleversé. C’est donc naturellement que je me suis tourné vers eux.

Comment reconnaissez-vous 

fraîchement débarqué en Europe ?

C’est le regard de l’autre qui attire mon regard. D’expérience, j’ai remarqué qu’un jeune qui vient d’arriver a le regard perdu. Il ne sait pas où il est. Alors, il observe. De plus, ils n’ont aucun signe apparent de richesse : casque audio, portable en vue. Ils ont plutôt un bonnet dépareillé et portent des baskets bien usées etc. Il faut être observateur. Mais, c’est l’attitude et le regard qui font tout. Parfois, je me suis trompé et j’ai engagé une conversation avec un jeune qui était soit né ici, soit bien installé. Ça fait toujours une belle rencontre. On parle de ce qu’il fait et je parle de mon engagement à mon tour.

Votre engagement suscite de l’admiration. Entre vos cours et cette activité, trouvez-vous encore le temps de réviser ?

Le rythme d’un étudiant de 3ème année de licence n’est pas du tout soutenu. Vous savez, si on ne va pas à leur rencontre, ils dorment dehors. Autour de la gare Saint-Charles… J’ai commencé à aller à la gare tous les soirs pour repérer les jeunes il y a trois mois. Ça peut me prendre une demi-heure tout au plus. Je vais juste à leur rencontre. Je discute avec eux. J’essaie au maximum d’être au fait de l’actualité politique et locale pour mieux les diriger vers un centre d’accueil.

Vous les dirigez vers les associations avec lesquelles vous travaillez?

Je ne fais partie d’aucune association. Au départ, j’étais en lien avec le milieu associatif toulonnais uniquement car j’ai grandi près de Toulon. Par la suite, j’ai rencontré le responsable d’un collectif marseillais créé pour la cause des jeunes isolés. Je lui ai raconté ce que je faisais à la gare et mon combat a été bien accueilli. Je n’ai aucune solution. Je les dirige juste vers un centre en les informant des conditions d’accueil selon le foyer. Vous savez, je ne suis pas seul à le faire. D’autres personnes sont aussi engagés que moi. Sinon plus!

Justement en parlant des centres d’hébergement. Le gouvernement demande actuellement un recensement par catégorie de migrants dans les lieux d’accueil. Que pensez-vous de cette circulaire du ministre de l’intérieur ?

C’est très difficile de faire le tri entre un migrant légal et un migrant illégal du point de vue humain. Au niveau des associations, ce serait difficile à vivre. Des travailleurs sociaux ne pourront pas, selon moi, renvoyer les jeunes dans la rue. Leur devoir, c’est de les aider !

Et comment vivez-vous avec l’idée que la circulaire Collomb sera bientôt mise en œuvre ?

J’entends la colère des associations. Et cela m’attriste.

Que pensez-vous de la formule « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? »

Elle me hérisse le poil ! Qu’elle soit encore reprise aujourd’hui est aberrant. Vous savez, si chaque Français ne prend pas la responsabilité de l’accueil à sa mesure par un sourire, un regard, du temps pour une personne désœuvrée ou un don de vêtement ou d’argent au secours populaire, si on n’accueille pas les jeunes qui sont dans les rues, le risque est que les réseaux d’exploitation et de trafic d’être humains s’en charge !

Quant à l’impact de ce slogan généralisateur, je dirais qu’il peut appeler à la xénophobie. J’ignore quelle proportion de la jeunesse française elle touche car nous sommes un grand nombre d’actifs à nous battre pour les valeurs humaines sans tenir compte de la religion ou de la couleur de la peau. Je ne peux pas voir dans l’avenir mais ce que nous faisons ici est beau et inspiré par un sentiment positif. Les moyens de générosité donnés par la France ne sont pas en reste, non plus ! C’est donc que notre pays se bouge pour ses pauvres et parmi eux, les migrants ! Il faudrait donc peut-être retenir que si nous n’avons pas à accueillir toute la misère du monde, nous avons à accueillir chaque personne dans sa misère !

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Crise de l’immigration: Témoignage d’un camerounais arrivé en France

La pauvreté, le désespoir affectif et l’espoir de liberté poussent des Africains de plus en plus jeunes à quitter leur pays à la recherche d’un eldorado illusoire. C’est le cas de Boubak qui a embarqué sur le chemin douloureux et dangereux de l’exil au péril de sa vie.

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La pauvreté, le désespoir affectif et l’espoir de liberté poussent des Africains de plus en plus jeunes à quitter leur pays à la recherche d’un eldorado illusoire. C’est le cas de Boubak qui a embarqué sur le chemin douloureux et dangereux de l’exil au péril de sa vie.

Taille moyenne, mince et sportif, l’adolescent de seize ans et demi évoque avec beaucoup de calme son exode et le souvenir de ses trois années de périple du nord du Cameroun, en passant par le Niger, la Libye, l’Italie pour arriver à Marseille, dans sud de la France où il a entrepris des démarches administratives en vue d’une demande de titre de séjour.

Racontez votre vie au Cameroun. Pourquoi avez-vous décidé de quitter votre pays si jeune?

J’ai vécu 13 ans au Cameroun. J’ai grandi à Yaoundé dans le quartier de la briqueterie jusqu’à l’âge de 10 ans. J’y vivais avec ma grand -mère. Mes parents étant décédés, j’ai été livré à moi-même en quelque sorte puisque quand je suis monté dans le nord, personne ne m’a retenu. Même si là-bas, j’ai commencé à jouer au foot avec les cadets du Coton Sport de Garoua. Pour autant, la vie n’était pas facile. Il m’était parfois très difficile de manger. C’est d’ailleurs plus tard dans mon parcours que j’ai compris que la vie est, en fait, difficile pour tout le monde.

Qu’est-ce qui vous a fait partir ?

La principale raison pour laquelle j’ai décidé de partir en aventure, c’est la pauvreté. Je voulais fuir la vie qui devenait de plus en plus dure. Mais ce que j’ignorais, ce sont les difficultés auxquelles j’allais être confronté. Je ne pouvais pas imaginer tout ça. Vraiment, je ne souhaite à personne de vivre mes épreuves. Même si ce qui m’a sauvé, c’est l’instruction.

Comment ça, l’instruction vous a sauvé ?

J’ai fait des études jusqu’en quatrième au Cameroun. J’allais partir en troisième quand j’ai décidé de quitter le pays le vendredi 12 juillet 2015* avec mon ami Moussa* un peu plus âgé que moi mais je ne connais pas son âge exact. Je parlais déjà le Français, l’Haoussa et l’Arabe que j’ai appris à l’école coranique. C’est vraiment ça qui m’a aidé dans mon parcours. Je remercie d’ailleurs le Cameroun pour l’instruction parce qu’ailleurs, les jeunes livrés à eux-mêmes, sont pour la plupart, illettrés.

Aviez-vous déjà prévu votre départ ?

Oui.

En aviez-vous parlé autour de vous ?

Non. Parce qu’on m’aurait découragé. Surtout les dirigeants de mon club. Et ma grand-mère qui aurait été très malheureuse. Elle en serait devenue folle. D’autant plus que j’étais le seul enfant de mes parents.

Qu’est-ce qui pousse un fils unique à partir si jeune loin de sa famille ?

Je ne pouvais pas partir avec ma grand-mère. Donc, ce n’est pas loin d’elle que je voulais partir. C’est loin de la misère.

Comment vous êtes-vous rendu compte que votre vie était pénible au Cameroun ?

Mais on le voit ! D’abord à la maison quand la nourriture se fait rare. Quand je rentre de l’école et qu’il n’ y a pas à manger. Comment je pouvais continuer à étudier ? Dehors, je voyais bien les gens qui, eux pouvait s’acheter à manger facilement. On finit par comprendre que le problème, c’est chez nous. Et on décide de prendre son destin en main.

Peut-être qu’un jour vous seriez devenu comme ces gens qui achètent aisément, non ?

Oui mais quand ? En tout cas, je n’ai pas eu cette pensée. Et peut-être que ma vie ne me permettait pas aussi de penser comme ça.

Et c’est donc ainsi que s’est construit votre projet de partir ?

Oui. Et je n’étais pas le seul. Sur la route, on voit bien des gens plus âgés prendre le même chemin que moi.

Vous êtes parti avec pour seul but, l’Europe ?

Non. Mon but, c’était juste de partir à la recherche d’une vie meilleure.

Racontez votre parcours…

Nous avons quitté Maroua pour le Nigeria. Du Nigeria, je suis entré au Niger par Maradi où on a chargé d’autres personnes. Et arrivé à Agadez, l’argent était fini.

D’où vous venait cet argent ?

Du club où je jouais. Et j’élevais à la fin les pigeons que je vendais. C’est avec cet argent-là que je suis partie.

Comment vous êtes-vous débrouillé pour continuer ?

On a dû rester quelque temps dans la ville. Puis on nous a parlé d’un monsieur qui organisait des voyages pour Djado. Là-bas dans le désert, on creuse l’or. Et comme, je parlais la langue Haoussa, le monsieur nous a aidé à atteindre le site d’orpaillage. On y est resté un mois. Et déjà là-bas, les deux patrons libyens qu’on a eu ont commencé par nous escroquer. Ils n’ont pas respecté les termes du contrat qui étaient de creuser avec leur machine et de faire moitié-moitié. C’est justement parce que je parlais arabe que j’ai pu les raisonner en leur rappelant une parole de l’Islam qui dit : « Donnez au salarié son salaire avant que ne sèche sa sueur ». Après ça, ils ont respecté leur parole. Et nous avons pu vendre nos pépites d’or à Arlit.

Pour combien avez-vous vendu ?

J’ai pu avoir 850 000 Francs CFA. Et j’ai toute suite changé cet argent en Euro pour donner de la valeur à mon argent, une fois en Libye. C’est un combine de mes patrons arabes. Comme je comprenais la langue, il m’était facile d’utiliser leurs astuces.

Le voyage a repris toute suite ou vous êtes un peu restés dans les parages ?

Nous avons dû reprendre le voyage toute suite pour Assamaka pour gagner Tamanrasset en Algérie. Nous y avions passé quelque jours. Et on a continué le chemin. On s’est arrêté à Ghardaïa et de là-bas, nous avons pris un bus pour Oran. Après une nuit, on a repris la route pour Maghnia, c’est la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Nous étions accompagnés de guides.

Comment financiez-vous ce voyage ?

Avec l’argent de l’or. Cet argent m’a valu de faire tout ce trajet sans problème. A Maghnia, il y a une sorte de douane. Les ressortissants de chaque pays ont leur file. Moi, j’avais à me diriger vers la communauté camerounaise où il faut payer une amende de 15 000 dinars pour entrer au Maroc. C’est important de préciser que cette organisation nous protégeait contre les pièges installés dans le désert. Les guides qu’ils nous fournissaient savaient nous éviter toutes les embûches du désert.

Comme quoi par exemple ?

Qu’on nous tire dessus ou bien qu’on tombe dans des trous de plus de 7m d’auteur à moitié remplis d’eau. Le plus difficile sur ce parcours a été d’atteindre le côté espagnol du Maroc qui s’appelait Melilla. Là-bas, il y a une frontière de fils barbelés. C’est plus tranchant qu’une lame de rasoir. Des gens sont morts en tentant l’escalade.

Et de Melilla, comment arrivez-vous en Libye ?

Après avoir tenté plusieurs fois d’escalader les barrières espagnoles de tous les côtés, nous avons été raflés et amenés dans une sorte de refuge sécurisé. C’était confortable. On avait 200 Dirams par mois. Après avoir été relâché, j’ai compris qu’il fallait que je change de stratégie. J’ai décidé d’aller en Libye. Je suis sorti par Maghnia et Oujda. J’avais mémorisé le chemins des guides. Et le chef des guides camerounais qui m’a reconnu m’a embauché, quelque temps, pour travailler avec lui. Ce qui m’a permis de me faire un peu d’argent. C’est avec cet argent que j’arrive en Libye en passant par Dep-Dep. Là-bas, j’ai fait le guide pour un passeur qui m’a appris le trajet jusqu’ à Ghadamès. J’avais parfois un convoi de 30 personnes. Par la suite, j’ai pu travailler pour un autre Libyen. C’est d’ailleurs à cause de celui-là que j’ai été enfermé.

Pourquoi ?

Une sordide histoire. Je commençais à avoir beaucoup de travail et je ne me rendais pas compte que je devenais important au trafic. Ils ont proposé de m’apprendre à manier les armes. J’ai refusé car je savais que ça signifiait qu’il fallait tuer des êtres humains. Et ça je ne pouvais pas. C’est d’ailleurs aussi comme ça que je me suis rendu compte que travailler avec eux n’était pas bien.

Avant ça, vous ne perceviez pas le danger ?

Si. Mais pour moi, le danger était d’aider les gens à traverser illégalement les frontières. C’est tout ! De là à commencer à manier les armes, je ne pouvais franchement pas.

Pourquoi avoir refusé cette proposition qui aurait pu vous offrir une vie décente ?

Je ne veux pas construire ma vie sur le malheur des autres. Je crois en Dieu. De toute façon, à partir de la proposition, je ne voulais plus être en contact avec eux. C’était fini. J’ai compris qu’au fur et à mesure qu’on est en contact avec ce genre de personnes, on devient comme eux. J’ai pris ma décision. Et ils ont organisé un coup pour qu’on m’arrête et qu’on me mette en prison.

Combien de temps êtes-vous resté en prison ?

J’y suis resté deux semaines. Un jour, le commissaire m’a trouvé en train de prier. Il a attendu la fin de ma prière. Et m’a demandé en arabe si j’étais musulman. Il m’a proposé de le suivre. Et il m’a interrogé afin de connaître mon délit. Comme il s’est révélé que je n’avais rien fait, il m’a fait libérer et m’a présenté à un monsieur qui avait besoin de main d’œuvre pour son champ. Grâce à ce commissaire, j’ai pu avoir un papier de libre circulation en Libye.

Comment s’est passé votre collaboration avec votre nouvel employeur ?

Ça s’est bien passé mais j’ai dû changer de ville pour un meilleur travail. Je suis allé à Zenten. Et là-bas, mon nouveau chef, un Egyptien a proposé de me former. C’était une aubaine. Il m’a formé dans le carrelage. J’ai travaillé avec lui presque deux ans. C’est l’une des plus belles expériences de ma vie.

Et pourquoi décidez-vous alors de quitter la Libye ?

Ma vie était menacée. Un monsieur que nous connaissions m’a proposé sa fille en mariage. Mon refus était un tel affront qu’il s’est mis en tête d’en finir avec moi. Il m’a même menacé, une fois, avec une kalachnikov. Pour lui, je devais être reconnaissant qu’on me traite comme un humain. Il ne comprenait pas qu’avec les conditions des noirs là-bas, je refuse.

Pourquoi voulait-il que vous épousiez sa fille ? Vous sortiez avec elle ?

Non. Il disait que j’étais vaillant et qu’il était rare de nos jours en Libye de trouver des jeunes pratiquants comme moi. Il prétendait beaucoup m’apprécier et que c’était un cadeau qu’il me faisait. Qu’il préférait que sa fille soit avec quelqu’un comme moi qu’avec un Libyen qui fait du mal et ne va pas à la Mosquée. Ce que je ne comprenais pas, c’est les moyens qu’il utilisait pour me faire accepter. Pourquoi alors me menacer si c’est un cadeau parce qu’il m’apprécie ?

Pourquoi avez-vous refusé la proposition de mariage ?

Dans un autre contexte, je n’aurais pas refusé. Mais là, on est dans un pays où on peut nous tuer pour un rien, je ne voulais pas me risquer à plus de problèmes. J’étais méfiant.

C’est uniquement pour cette raison que vous quitter la Libye ?

Oui. Mais aussi parce que je connaissais des gens qui avaient pris la mer et se trouvaient en Italie. J’ai commencé moi aussi à rêver d’Europe. Au bout de quelques jours, je suis allé payer pour partir. On nous a lancé en mer l’été, aux environs de 3h. Et nous avons atteint les côtes italiennes vers 5h.

N’avez-vous pas été refroidi par cette aventure mortifère ?

C’est vrai que ça fait peur. Mais vu que je fuyais un danger, je n’ai pas eu à m’appesantir sur mes émotions. Le plus douloureux pour moi dans tout ce parcours reste le décès de mon ami Moussa.

Il est décédé en mer ce jour-là?

Oui. Alors que nous étions presque arrivé.

C’est à dire ?

Notre canot a commencé à prendre l’eau au niveau de la ligne internationale. Lui ne savait pas nager. Le temps d’être secouru par la Croix Rouge, certains se sont noyés dans la Méditerranée. C’est très triste parce que nous étions presque arrivés à Lampedusa. La mer avait été calme tout le voyage. Même le temps agréable. Tout laissait croire que nous étions chanceux. Ce qui est plus dur encore, c’est que les parents de mon ami et d’autres morts cette nuit-là ne sauront jamais qu’ils ne reviendront pas à la maison. Nous par exemple, personne ne sait où nous sommes partis. Peut-être qu’ils vont attendre indéfiniment.

Vous leur direz ?

Peut-être … Le jour où j’aurais le courage de repartir.

Une fois en Italie, comment s’est passé l’accueil ?

Très bien. Durant un an, je suis allée à l’école où j’ai obtenu un examen qui est l’équivalent du BEPC.

Et vous avez appelé votre grand-mère pour lui annoncer la nouvelle ?

Personne ne sait où je suis.

Votre séjour en Italie s’est bien passé ?

Oui.

Et comment arrivez-vous en France ?

C’est par rapport à l’association. Un péruvien m’a remarqué pour jouer dans un petit club qui s’appelait Salsasio durant trois mois. Avec eux, je suis allé dans un autre petit club qui s’appelle Barcigalupo, et il y a eu une proposition de Torino mais je n’ai jamais pu signer à cause du passeport que je n’avais pas. Je ne pouvais pas avoir de papier. J’ai été tellement déçu que mon talent ne m’aide pas que j’ai pris la décision de quitter l’Italie pour la France. Et je suis arrivé en France en passant par Ventimille.

Comment avez-vous pu passer la frontière ?

J’ai pris le train sans payer. Je me suis caché dans les toilettes. Et c’est la police de la Frontière qui m’a sorti de là. J’ai dû supplier le policier de ne pas me brutaliser. Et jouer sur la corde sensible en lui demandant s’il aimerait voir son fils vivre dans une telle misère. Il m’a regardé un moment. Puis, il est parti en me souhaitant bonne chance.

Dans quelle ville êtes-vous arrivé en premier ?

Je suis arrivé à Nice. En suivant les indications, j’ai pris le train pour Marseille. Et à Marseille, j’ai dû reprendre le train pour Montpellier où j’ai été arrêté par les contrôleurs et confié à une association.

Vous vivez aujourd’hui à Marseille, comment y êtes-vous revenu ?

C’est le juge qui m’a confié à un foyer de jeunes isolés.

A Marseille, comment organisez-vous vos journées?

Je ne peux pas aller à l’école car l’année scolaire a déjà commencé. Il faut attendre l’année prochaine. Sans aucun papier et sans personne qui peut m’envoyer mon acte de naissance, je dois attendre. On va envoyer une lettre au tribunal de Maroua pour reconstituer mon état civil. Pour l’instant, j’attends que les documents de Montpellier arrivent et qu’on commence les démarches.

Vous vous êtes déjà fait des amis à Marseille ?

Oui. Ici les gens sont très accueillants. Ça n’a pas été difficile de me faire des amis comme à Montpellier par exemple.

Est-ce que vous comptez vous installer définitivement à Marseille ?

On dit que l’homme propose, Dieu dispose. J’irai là où la vie m’amène.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir?

Beaucoup de courage, de la persévérance et surtout du répit !

*Les noms et les dates ont été changés

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DEUIL NATIONAL. Les camerounais rendent un vibrant hommage aux 17 soldats

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Un hommage populaire et émouvant. Le drapeau vert, rouge jaune suspendu aux frontons des grandes places de la République n’a pas du tout claqué vendredi 21 juin décrété jour de deuil national par le président Paul Biya.

Le pays a rendu un grand hommage  aux 17 soldats morts dans la nuit du dimanche 9 juin au vendredi 10 juin,  par de violents affrontements imposés par Boko Haram à l’île de Darak dans le département du Logon-et-Chari, région de l’Extrême-Nord.

Selon le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo dans un communiqué du 12 juin, « plus de 300 combattants de Boko Haram, lourdement armés, ont attaqué la localité de Darak et 16 militaires et 8 civils ont trouvé la mort lors de cette attaque contre 64 jihadistes tués ».

« Nous avons perdu 17 de nos collègues et c’est toujours très douloureux. Cette journée est pour que la nation toute entière, que des gens proches ou éloignés des événements, se souviennent du sacrifice des militaires. » a précisé un officier de la police camerounaise.

Une décision de deuil national saluée aussi par l’ensemble de la classe politique. C’est « une journée pour nous recueillir sur les valeurs humaines et citoyennes qu’ils défendaient. » a tenu à dire le Premier Secrétaire du PURS Serge Espoir Matomba sur son compte Facebook officiel.

Bien qu’affaibli, la structure de guerre du groupe terroriste Boko Haram reste lourdement affaibli depuis 2014 par les luttes intestines et les revers militaires. La fraction professionnelle qui a fait 17 morts en début du mois et une autre beaucoup plus sanguinaire restent très actives dans la région de l’extrême-nord.

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